Quittons les temps anciens et regardons notre futur. Mais là encore, continuons à regarder les humains que nous sommes, et à tenter de les comprendre. Mais avant cela, dites-moi : vous savez que Zep, ce n’est pas juste Titeuf ?
Entendons-nous bien… J’adore et lit Titeuf, tout adulte que je sois. Mais depuis quelques années, Zep nous livre autre chose. Si vous l’ignoriez, alors vous avez une bibliographie tout à fait intéressante à découvrir chez Rue de Sèvres. Car c’est chez cet éditeur que Zep présente ses récits adultes. Et en ce mois de mars, la nouvelle sortie se nomme… Ce que nous sommes

L’action se déroule en 2113. Constant est un jeune homme équipé d’un second cerveau numérique. Un très haut de gamme, en plus. Tout ce qu’il est possible de savoir, il le sait. Les données sont rangées dans son cerveau numérique, un data center. Il y accède en une fraction de seconde. Mais justement, un jour, Constant se réveille en pleine forêt en ignorant qui il est. Il se retrouve déconnecté de son cerveau virtuel et va devoir essayer de comprendre d’où il vient.

Dans Ce que nous sommes, Zep interroge le rapport de l’être humain au numérique. Nous avons aujourd’hui des assistants vocaux. Nos téléphones nous donnent accès à de très nombreuses connaissances. Il peut apparaître inutile d’apprendre le savoir, quand il paraît plus important d’apprendre à le trouver. Alors, comme dans toute bonne œuvre de science-fiction, Zep force le trait. Il fait de l’humain un être totalement vide sans le numérique. Il montre comment l’humain augmenté, rêve des transhumanistes, peut devenir un humain assisté. C’est-à-dire dépendant de la technologie et incapable de vivre sans.

Mais n’allez pas croire que Zep soit un auteur définitif. Il ne fait pas de lien entre virtuel et irréel. Dites-moi… Je ne vous perds pas, là, quand même ? Oui, on a là pas mal de réflexions philosophiques dans ce livre. Zep nous invite à penser ce qu’est le réel, qu’il décrit avant tout comme une expérience. On expérimente la perception d’un beau coucher de soleil, mais le fait que ce soit le virtuel qui génère cette émotion ne veut pas dire pour autant que l’émotion est fausse. Bon, je m’arrête là, sinon on va tous se perdre.

Attention, Ce que nous sommes n’est pas un récit contemplatif, avec un héros qui se regarderait le nombril de bout en bout. Il y a aussi de l’action, de la trahison, de l’amour. Autant d’émotions qui viennent enrichir l’expérience du personnage principal… Et la notre. C’est donc un album dense, touffu, que nous propose le bédéaste Suisse.

Pour faciliter la respiration du lecteur ou de la lectrice, Zep a opté pour un dessin plus minimaliste que d’habitude. Il renonce à beaucoup de décors, par exemple. Notamment ceux qui offriraient une identité trop précise à son futur. Graphiquement, il laisse planer le doute. Le passage à la Nature, lui, est plus détaillé. Comme si l’artiste voulait stimuler nos sens, enrichir notre expérience et ainsi, soutenir une vision du réel basée sur le rapport au monde. Bon, d’accord, je philosophe à nouveau. Mais vraiment, ce n’est pas de ma faute, tout l’album pousse en ce sens.

Si vous avez envie d’une bonne dose de réflexion sur la nature humaine, sur notre rapport à la réalité, Ce que nous sommes, de Zep, est un bon choix.


Evidemment, si vous avez plutôt envie d’une SF un peu légère et plutôt distrayante, ce n’est pas le choix que vous ferez. Mais la bande dessinée montre une fois de plus que le support du dessin et de la narration graphique, permettent de faire passer les concepts les plus difficiles, avec une plus grande facilité !

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BLYND s'associe à Yaneck Chareyre, journaliste et critique BD pour co-créer le podcast " Le Bruit des Bulles ".

L'idée est simple : chaque mois, il sélectionne trois œuvres du monde de la bande dessinée et t'explique pourquoi il les a aimées.

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