BENJAMIN : Bonjour Hub, j’aimerais qu’on revienne sur les thèmes récurrents qui sont abordés dans tes histoires. C’est aussi ça être auteur : avoir des thèmes qui nous obsèdent, qu’on a envie de transmettre, sur lequel on a envie de donner une vision. Il y a des thèmes dont on a déjà parlé, notamment l’amitié et l’Histoire. Mais il y a trois autres thèmes qu’on n’a pas évoqués : la mort, la naissance et les monstres.

D’abord, est-ce que tu es d’accord avec cette analyse ?

 

HUB : Oui, dans Okko et le Serpent et la Lance reviennent effectivement ces trois thèmes. Dans Aslak je vois moins avec le thème de la naissance.

 

FLORE : Aslak démarre avec la naissance de trois personnages. On découvre l’attribution de leur nom, ce qui est une sorte de baptême de naissance.

 

HUB : Oui mais là c’est capillotracté parce qu’on parle de la naissance d’une histoire. Alors que dans Okko et le Serpent et la Lance on parle de naissance dans le sens littéral du terme. Mais c’est vrai que ce sont des termes forts qui m’inspirent. Dans le Serpent et la Lance, ce qui m’amuse c’était de faire rencontrer deux concepts qui n’étaient pas faits pour se rencontrer, à savoir le policier avec ses codes et la civilisation aztèque. Celle-ci manquait sans doute quand même d’investigateur digne de ce nom ou de « police scientifique. » Ce qui m’amusait un peu c’était de faire rencontrer, comme j’aime bien le dire, l’huile et l’eau. C’est souvent ce qui permet de créer des récits intéressants.

« J'aime faire rencontrer l'huile et l'eau pour créer des récits intéressants »

BENJAMIN : Par rapport à ce que tu dis, Léonie, tu es libraire et donc tu vois beaucoup de bandes dessinées passer. Pour toi, qu’est-ce qui fait la singularité du Serpent et la Lance ? 

 

LÉONIE : HUB, pour moi tu as réussi à faire se rencontrer deux univers qui se rencontrent rarement. Tu parlais tout à l’heure d’univers souvent manichéens et c’est souvent un reproche qu’on fait à une bande dessinée. Ici c’est tout l’inverse. On détecte tout de suite qui va être le bon flic, qui va être le mauvais flic. Tout ce qui fait le propre du polar est vraiment présent. Ce qui fait la richesse de cette bande dessinée c’est qu’on va capter un public très large. On peut la conseiller à quelqu’un qui veut une bonne intrigue, à quelqu’un qui veut une richesse de planche, une richesse du travail du dessin. Souvent le travail de HUB coche toutes les cases, il parle à beaucoup de lecteurs. Pour moi le Serpent et la Lance en est vraiment l’illustration. Autant Okka et Aslak avaient peut-être leur niche autant le Serpent et la Lance est un titre qui est resté longtemps sur les tables après sa sortie. Il a eu la force de rassembler autour de lui.



BENJAMIN : En plus c’est performance graphique parce que HUB, tu tiens sur 180 pages ton style, qui n’est pas un style minimaliste.

 

HUB : Ce qui a été difficile c’était la pagination. Elle était exigeante parce que justement c’est une civilisation détaillée. Il y avait beaucoup de choses à dessiner. À un moment je voulais simplifier et je n’y suis pas arrivé. Je suis actuellement en train de travailler sur le deuxième album et ce qui est bien c’est que le premier album me permet de ne pas me reposer et ne pas partir de rien. J’ai vraiment l’impression d’avoir augmenté le niveau.

« Sartre disait que l’enfer est pavé de bons sentiments. »

BENJAMIN : Justement, Léonie disait que tes histoires rassemblaient beaucoup de monde, un public très différent. C’est quelque chose qu’on voit en festival dans les fils de dédicace, c’est un public plutôt hétéroclite. Pour ça il faut avoir un aspect universalisme. Est-ce que c’est quelque chose que tu recherches ? 

 

HUB : Non, j’essaye de raconter des histoires qui me plaisent en premier lieu, puis de les développer en me mettant à la place du lecteur. Je dois reconnaître que dans ce sens-là, le Serpent et la Lance est un peu compliqué : il y a beaucoup de personnages, les noms sont difficilement prononçables, les premières pages ne sont pas évidentes. Pour me rassurer et assumer cette exigeante, je me dis que ça me permet de ne pas insulter l’intelligence du lecteur. Malgré tout j’essaye de créer une sorte d’ergonomie tout au long de mon histoire. Cependant dans le Serpent et la Lance les premières pages n’ont pas été évidentes.

 

BENJAMIN : J’aimerais te poser une dernière question. Tu as ce goût pour la mort, les monstres, en tout cas ça fait partie de ton œuvre. Ça se ressent dans tes personnages, ils ne sont jamais ni tout blancs, ni tout noirs. Comment fais-tu pour t’identifier à ces personnages pas toujours positifs ?

 

HUB : Pour le Serpent et la Lance j’ai déployé que le premier épisode sur cinq. On va s’apercevoir que l’image qu’on a de certains personnages va se brouiller et c’est ça qui m’amuse, on a plein de facettes. Quand on étudie un petit peu l’Histoire on s’aperçoit de la complexité des choses. Pour illustrer ce propos, j’aime bien prendre l’exemple de Tintin, l’œuvre de Hergé, que j’aime beaucoup. La bande dessinée a commencé à vraiment m’intéresser quand le capitaine Haddock est arrivé. C’est un personnage très humain, justement parce qu’il a tous ses défauts. Les défauts sont souvent bien plus intéressants pour raconter une histoire que les qualités.

BENJAMIN : Tu vas bien au-delà parce que capitaine Haddock il a des défauts mais il est quand même très appréciable. Alors qu’Okko, par exemple, c’est quelqu’un qui a des réactions quand même mauvaises et pourtant on s’attache.


 

HUB : Alors je ne saurais pas vraiment répondre. Lorsqu’on tire les fils des motivations de mes « méchants » (ou plutôt mes personnages opposés aux « héros »), on s’aperçoit qu’elles partaient souvent d’une bonne intention. Sartre disait que l’enfer est pavé de bons sentiments. C’est la complexité du monde, j’aime jouer avec ça.

 

FLORE : Je me demandais la grosse différence entre Okko et cette série c’est la pagination. Est-ce que c’est cette complexité-là qui t’a fait te dire qu’il fallait plus de pages ?

 

HUB : C’est l’histoire vraiment qui m’a obligé à partir sur 700 pages. Mais aussi le nombre de personnages, tout ce qui s’imbriquait. L’histoire que je voulais vraiment développer m’y a obligé. J’aurais préféré beaucoup moins de pages. Souvent quand j’écris des histoires je ne pense pas à la partie technique et donc forcément à un moment je dois m’y confronter et je m’en mords les doigts parce que je m’aperçois que je ne vais pas vers les choses les plus simples. 

Des Gones en Strip avec HUB

Des Gones en Strip avec HUB

Vous pouvez retrouver l'intégrale de cette rencontre en podcast aux côtés de Flore Piacentino, coordinatrice général du Lyon BD Festival, de Benjamin Laurent, fondateur du Studio Parolox, d'un(e) libraire de Lyon et d'un auteur de bande dessinée. Des Gones en Strip est un podcast en trois parties : la chronique du “portrait traboule” lance tout d’abord l’enquête sur la vie quotidienne de l’artiste, en lien avec son attachement à la ville... Elle nous conduit jusqu’à la découverte d’un extrait audio de sa bande dessinée, dans une version “lecture BLYND” portée par des comédien·ne·s et une ambiance sonore 3D. Pour en savoir plus sur l’œuvre écoutée, l’émission passe enfin la parole à un·e libraire lyonnais·e et à sa chronique “actu praline”, permettant d’échanger avec l’auteur·trice sur son travail de création.

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