Si je vous dis « sac à dos, sac à dos », vous vibrez ?
Bon, le sakadoh dont il est question ici est lui aussi un vrai sac à malice. Mais il est possible qu’il soit un peu plus trash et violent que dans un certain dessin animé de Nikelodéon.
Vous êtes Intrigué ? Vous allez voir, avec Dai Dark tome 1, de Q Hayashida chez Soleil Manga, ce n’est que le début.

Sanko Zaha est un adolescent en vadrouille dans l’espace. Une légende l’entoure. Ses os seraient capables d’accorder tous les souhaits de celui ou celle qui les obtiendraient. Equipé de son fidèle sakadoh parlant, il mène sa vie à travers l’univers tout en essayant de survivre aux attaques mortelles de tous les truands de la galaxie.

Q Hayashida est une autrice assez unique dans son genre. Elle est la créatrice du manga underground mais culte, Dorohedoro. Ses productions sont violentes, drôles, acides, et Dai Dark ne manque pas à la règle. Alors même si Dai Dark est publié chez kodansha, grand éditeur japonais, Hayashida, elle, ne change pas de ton.

Sanko Zaha a une tête de gentil adolescent. Et en soit, il ne demande qu’à profiter de la vie. Mais pour cela, il doit quand même commercer des os, des peaux, avec la dimension noire dont il est originaire. Glaucque ? Absolument ! Sauf que Q Hayashida traite ça avec une telle grandiloquence, avec tellement de ridicule qu’en fait… C’est drôle. J’emploie un gros mot ? La violence contient une fonction cathartique. C’est-à-dire qu’il est possible de l’employer de manière suffisamment extrême pour contrecarrer ses effets de base. On rit, comme une arme de défense face à cette violence. On en retient juste le grotesque. 

C’est un équilibre subtil à travailler. Un auteur peut facilement rater son coup. Ici, le ridicule est accentué par les ennemis de Sanko, qui sont inefficaces dans leurs méthodes et ont souvent un visuel minimisant leur puissance potentielle. Imaginez un massacre d’enfants. C’est terrible en soit. Maintenant, faites-le réaliser par des créatures de petite taille avec un seau en guise de tête. Un peu moins terrible… voire ridicule non ?

J’avoue une affection toute particulière pour ce dieu de la mort (une déesse peut-être même) qui transforme les âmes en jambonneaux pour s’en nourrir. Chacune de ses interventions m’a fait mourir de rire. Et chaque concept proposé dans ce manga est ainsi traité dans le décalage. Il n’y a rien de sérieux, rien de premier degré. Et pourtant, il y a tout de même une vraie richesse dans ce manga. Q hayashida parle d’amitié, de solitude, de ce sentiment d’être un étranger pourchassé par toutes et tous. Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien de sérieux, qu’il n’y a rien de profond. 

Et les dessins de l’autrice sont un bon exemple de ce grand écart. Prenez le héros, Sanko. Il a un corps de brute épaisse et une tenue le faisant passer pour un serial killer dans un slasher (ok c’est ce qu’il est aussi). Mais en même temps, il a un visage d’une grande douceur, avec des yeux très ronds qui le font passer pour un enfant. Hayashida aime cultiver les grands écarts. 

 

Du côté du trait en général, il y a une vraie personnalité dans son travail. Dai Dark, ce n’est pas le manga que vous avez l’habitude de lire partout. Son coup de crayon n’est jamais totalement léché, totalement parfait. Il y a de la saleté sur ses pages, comme si des coups de gommes avaient laissé des traces de crayons estompées. Avec une intention évidente : apporter de la matière à son univers, de la dureté, de l’agressivité. Son monde est moche, tordu, angoissant. Ce qui renforce la puissance de l’humour lorsqu’il intervient, pour nous libérer de cette pression. 

Alors voilà. Dai Dark tome 1, de Q Hayashida chez Soleil manga, est une série qui ne laissera personne indifférent. C’est une proposition rare dans le paysage manga en France, qui mérite d’être découverte. L’autrice est expérimentée, on peut tout à fait attendre d’elle une qualité maintenue sur les quatre tomes déjà parus à ce jour au Japon. Surtout que… je ne vous ai même pas parlé du Sakadoh … Il vous reste tant de choses à découvrir….

 

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